Les pollens ne manquent pas de souffle en Espagne !

jeudi 10 septembre 2015 par Dr Philippe Carré1354 visites

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Les pollens ne manquent pas de souffle en Espagne !

Les pollens ne manquent pas de souffle en Espagne !

jeudi 10 septembre 2015, par Dr Philippe Carré

Effet des modes d’occupation des terrains et de la direction du vent sur la contribution aux sources locales de pollen aéroporté. : Rojo J1, Rapp A1, Lara B1, Fernández-González F1, Pérez-Badia R1.
1University of Castilla-La Mancha. Institute of Environmental Sciences, E-45071 Toledo, Spain.

dans Sci Total Environ. 2015 Aug 29 ;538:672-682. doi : 10.1016/j.scitotenv.2015.08.074.

- Contexte :

  • L’interprétation des taux de pollens aéroportés dans les villes, basée sur la contribution de la flore et de la végétation environnantes, est un outil utile pour estimer les concentrations d’allergènes aéroportés et, en conséquence, pour déterminer le risque allergique chez les résidents locaux.

- But de l’étude :

  • Cette étude a examiné le spectre pollinique dans une ville du centre de l’Espagne (Guadalajara), et analysé la végétation environnante et les modes d’occupation des terrains dans un rayon de 20 km, de façon à identifier et à localiser l’origine des pollens aéroportés, et à déterminer l’effet des variables météorologiques sur l’émission et la dispersion des pollens.

- Résultats :

  • Les résultats montrent que la direction locale du vent était largement responsable des modifications de concentration des différents types de pollens aéroportés
  • Les modes d’occupation des terrains contribuant le plus aux comptes polliniques étaient les espaces verts urbains, bien que 0.1% seulement de leur surface totale ait été étudiée, et les forêts de feuillus qui recouvraient 5% de la surface étudiée ; ces deux types d’utilisation des terrains représentaient ensemble 70% de la quantité de pollens aéroportés
  • Les cultures, la brousse et les pâturages, bien que recouvrant 80% de la surface totale, contribuaient seulement pour 18.6% au compte pollinique total, et cette contribution était constituée principalement de pollens d’Olivier et d’herbacées, incluant les Poacées, les Urticacées et les Chénodopiacées-Amaranthacées
  • Les pollens d’espèces ornementales étaient associés principalement aux vents d’est (Platane), du sud (Cupresscées) et de l’ouest (Cupressacées et Platane) provenant des zones où sont situés les plus grands parcs et jardins de la ville
  • Le pollen de chêne était transporté principalement par les vents soufflant dans les peuplements de chênes verts sur le bord est de la ville
  • Les comptes les plus élevés de pollen de Peuplier étaient associés aux vents d’est et d’ouest soufflant à partir des zones de rivières et de courants
  • Les comptes de pollens aéroportés augmentaient généralement avec la température, les radiations solaires et les heures d’ensoleillement, qui favorisent toutes l’émission de pollens ; par contraste, les comptes polliniques diminuaient avec l’augmentation de l’humidité relative et de la pluie, qui interfère avec le transport des pollens aéroportés.

Les pollens aéroportés sont le principal facteur déclenchant des allergies de type respiratoire, et la connaissance de leurs types précis a une grande valeur en terme d’environnement et de santé publique.

La composition de la charge pollinique varie en fonction de plusieurs facteurs, incluant le lieu géographique, la nature de la végétation, le moment de l’année et les conditions météorologiques.

Les auteurs ont étudié à cet effet, dans la ville de Guadalajara et dans un rayon de 20 km autour, le spectre pollinique dans l’air, le type de végétation et le type d’occupation des terres de façon à évaluer les sources polliniques, ainsi que l’influence des conditions météorologiques sur la concentration pollinique.

Les résultats principaux montrent que :

  • la direction du vent était le facteur majeur responsable des comptes de pollens
  • le type d’occupation des terres contribuait aux comptes polliniques
  • les cultures et les pâturages contribuaient assez peu au compte pollinique total
  • les pollens d’espèces ornementales étaient associés à la présence de parcs
  • le pollen de Peuplier était associé aux vents soufflant à partir des zones de rivières et de courants
  • les comptes polliniques augmentaient avec la température l’ensoleillement et diminuaient avec l’augmentation de l’humidité relative et la pluie.

Ces résultats confirment des données antérieures sur l’importance du vent et de la végétation sur la concentration pollinique et montrent que les variables météorologiques influencent aussi la dispersion des pollens et leur persistance dans l’atmosphère.

Les prévisions météorologiques et les réseaux de surveillance aérobiologiques (comme le RNSA en France) sont donc importants pour prédire l’évolution des comptes polliniques dans l’air et alerter en amont les patients allergiques.

Par ailleurs, l’identification des sources polliniques est essentielle dans la réflexion citoyenne sur le paysage urbain (collectif et individuel), l’implantation des parcs et des jardins, et le choix des espèces végétales, de façon à éliminer les espèces les plus allergisantes ; cette réflexion citoyenne et politique est d’ailleurs d’actualité !