Même les toutous peuvent être allergiques aux acariens !
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publié le 16 avril 2008
Les travaux sont nombreux sur la réactivité croisée entre les différentes espèces d’acariens qu’ils soient domestiques ou dits de stockage. Ici, ces auteurs grecs, sur un modèle canin, tentent d’établir avec exactitude la réactivité croisée de 5 espèces d’acariens. Etude intéressante mais sujette à quelques critiques.

Evaluation de la réactivité croisée entre cinq espèces d’acariens domestiques et de stockage. : Saridomichelakis MN, Marsella R, Lee KW, Esch RE, Farmaki R, Koutinas AF.
Clinic of Medicine, School of Veterinary Medicine, University of Thessaly, Karditsa, Greece.
dans Vet Dermatol. 2008 Apr ;19(2):67-76
Objectif :
- Evaluer la réactivité croisée entre cinq espèces d’acariens domestiques et de stockage chez le chien.
Méthodes :
- In vitro, la réactivité croisée entre les deux acariens domestiques (Dermatophagoides farinae, D. pteronyssinus), et les trois acariens de stockage (Acarus siro, Tyrophagus putrescentiae, Lepidoglyphus destructor) a été examinée
- chez 20 chiens sensibles aux acariens ayant une histoire de dermatite atopique (groupe A),
- chez 13 beagles ayant des taux élevés d’IgE expérimentalement sensibilisés à D. farinae (groupe B), et
- chez cinq beagles sains (groupe C).
Résultats :
- Les intradermoréactions (IDR) et les IgE spécifiques sériques ont montré que la co-sensibilisation pour tous les couples d’appariements possibles des cinq acariens est généralement de 45% ou plus chez les chiens du groupe A.
- Dans ce même groupe, les résultats de l’inhibition croisée par ELISA ont indiqué que chacun des acariens, D. farinae, A. siro et T. putrescentiae est un inhibiteur puissant de tous les autres acariens, alors que D. pteronyssinus était un puissant inhibiteur de L. destructor.
- Un nombre élevé de résultats positifs des IDR et des sérologies pour D. pteronyssinus, A. siro, T. putrescentiae et L. destructor ont été enregistrés parmi les chiens du groupe B.
- Pas de preuves concluantes d’une exposition à ces acariens retrouvées lors de l’analyse des échantillons de poussière provenant de l’environnement des chiens et de leurs aliments par la présence d’acariens et de guanine.
- Aussi, le nombre de résultats positifs des tests était généralement plus élevé chez les chiens du groupe B que chez les chiens du groupe C.
- L’étude de l’inhibition croisée par ELISA révèle que D. farinae est un inhibiteur puissant de D. pteronyssinus, A. siro et T. putrescentiae.
Conclusions :
- Globalement, ces résultats ont démontré in vitro une vaste réactivité croisée entre les acariens domestiques et les acariens stockage, ce qui peut expliquer les faux positifs lors de tests cutanés aux acariens domestiques chez des chiens sensibilisés atteints de dermatite atopique.


Commentaire de l'auteur :
Amis lecteurs, oui, les vétérinaires grecques s’intéressent aussi à l’allergologie. Ici, il est donc question d’évaluer la réactivité croisée entre les principaux acariens domestiques et de stockage.
Ils ont sélectionnés des chiens qui ont été répartis en trois groupes :
- un groupe de chiens ayant une histoire de DA, terrain atopique assurée ;
- un groupe de chiens sélectionnés pour être de forts producteurs d’IgE et sensibilisés expérimentalement à D. farinae ;
- un groupe de chiens sains.
Les moyens utilisés sont l’IDR (le prick-test n’est peut-être pas trop pratique à réaliser sur la peau des toutous ?), les IgE spécifiques (par quelle méthode ImmunoCAP ?) et inhibition par ELISA.
Les cinq espèces d’acariens ont été appariées en fonction de toutes les paires possibles, ainsi dans le groupe A, la co-sensibilisation est de 45%, ce qui signifie que 55% ne croisent pas ; détermination par IDR et IgE spécifiques. Alors que, dans ce même groupe, l’inhibition suggère que D. farinae, A. siro et T. putrescentiae sont inhibiteurs de tous les autres alors que D. pteronyssinus ne le serait que de L. destructor.
Dans le groupe B des chiens expérimentalement sensibilisés à D. farinae, il est retrouvé un grand nombre de positivités (IDR et sérologie) pour l’ensemble des acariens de l’étude.
L’inhibition par ELISA montre que D. farinae est un inhibiteur puissant de D. pteronyssinus, d’A. siro et T. putrescentiae.
Un résultat apparaît vraiment étonnant, c’est l’absence d’acariens dans l’environnement ou même dans l’alimentation (croquettes ?) de ces chiens, hygrométrie basse, altitude, nous ne savons pas. Ou alors cela fait partie du protocole pour ne pas interférer avec les résultats par une sensibilisation à un ou des acariens qui auraient été présents dans l’environnement.
En gros, cette étude confirme les travaux antérieurs qui montraient bien une inhibition des acariens domestiques vers les acariens de stockage, la réciproque n’étant pas toujours vraie.
Ce travail, somme toute fort intéressant, ne résout par le problème d’allergie conjointe ou d’allergie croisée d’autant plus qu’il ne se situe pas au niveau moléculaire. En outre, il s’agit d’une étude sur le chien, les IgE canines ont-elles un répertoire « paratopique » comparable aux IgE humaines ? Les IgE canines ont-elles la même affinité pour les molécules allergéniques des acariens ?
Quelles sont les réflexions qu’engendre cette étude ? Quelle incidence sur la démarche diagnostique de l’allergologue ? L’allergologue se trouve confronter au dilemme cité plus haut : sensibilisations conjointes ou sensibilisations croisées. Les circonstances environnementales vont jouer un grand rôle dans l’analyse du bilan allergologique (TC et in-vitro).
De quels extraits allergéniques disposons-nous pour pratiquer les tests cutanés et l’immunothérapie spécifique ? L’afssaps a répondu en début d’année : L. destructor (3b), D. pteronyssinus (3d) et D. farinae (3d).
L’immunothérapie spécifique à L. destructor n’est pas conseillée, données bibliographiques insuffisantes. Par contre, dans l’état actuel de nos connaissances, même la co-sensibilisation acariens domestiques et acariens de stockage, relève d’une immunothérapie spécifique avec Dermatophagoïdes.
référence :
http://www.allergique.org/article3567.html
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