L’asthme est souvent perçu comme une maladie « chronique à vie ». Cependant, l’idée d’une rémission émerge progressivement comme un objectif réalisable, à condition de clarifier ce qui est mesuré : disparition des symptômes, absence d’exacerbations ou interruption des traitements, ou bien « extinction » biologique plus profonde. Abohalaka et coll. ont rédigé une lettre courte mais éclairante pour analyser les facteurs associés à la rémission déclarée par les patients à l’échelle d’une population, en utilisant la grande cohorte suédoise WSAS comme source de données. Abohalaka, R. and al. (2026), Asthma Remission in Adults : Role of Age at Asthma Onset, Smoking, Obesity, and Allergic Rhinitis. Allergy, 81 : 288-291
Méthode
- Cohorte WSAS (West Sweden Asthma Study) : questionnaires de population (vagues 2008 et 2016) envoyés à 80 000 adultes tirés au sort ; 42 621 répondants.
- Parmi eux, 3955 disent avoir reçu un diagnostic d’asthme établi par un médecin ; analyse sur 3538 d’entre eux.
- Définition de la « rémission » (composée de 3 éléments auto-déclarés sur une période de 12 mois) : ne plus avoir d’asthme (a) en ne prenant plus de traitement pour l’asthme, (b) en n’ayant pas d’exacerbations et (c) en ne présentant plus de symptômes (dyspnée, sifflements, toux productive chronique, réveils nocturnes liés à des symptômes).
- Expositions/variables : âge de début (par tranches de 10 ans), tabagisme (ever/current), obésité (IMC ≥30), rhinite allergique (question dédiée).
- Analyse statistique principalement par le test du Chi-deux (pour les données catégorielles) et description par la médiane et l’écart interquartile.
Résultats
- 679/3538 (19,2 %) des participants ont connu une rémission selon la définition à trois composantes.
- Les individus en rémission ont, en moyenne, un début plus précoce, une obésité moins de tabagisme, et une rhinite allergique moins récurrente.
- Plus le début de l’asthme est tardif, plus la rémission est rare, chez les hommes comme chez les femmes ; cet effet persiste quel que soit l’âge actuel ou la durée d’évolution.
- Chez les femmes avec début précoce (≤20 ans), le tabagisme (même passé) est associé à moins de rémissions.
- Obésité : baisse de la rémission chez les débuts précoces, et chez les femmes avec début tardif.
- Rhinite allergique : moins de rémission en cas d’asthme à début précoce ; la différence s’atténue quand le début est tardif.
Discussion
- Message médical rapide : les obstacles à la guérison se divisent en
- facteurs immuables : âge de début, rhinite allergique ;
- facteurs modifiables : tabac, obésité sur lesquels l’allergologue peut agir concrètement.
- Cela consolide une approche « asthme + comorbidités » en traitant la rhinite, en encourageant l’arrêt du tabac, en aidant à la perte de poids (et en dépistant les symptômes respiratoires « non asthmatiques » liés à l’obésité).
- Cependant, il y a des limites importantes : les données sont auto-rapportées, pas de spirométrie, pas de biomarqueurs, et pas d’historique thérapeutique détaillé ; une “rémission” symptomatique peut coexister avec une fonction respiratoire altérée.
- Il est urgent de standardiser les terminologies, en particulier la distinction entre la rémission « clinique » et la rémission « complète », ainsi que de mieux caractériser les profils évolutifs, en mettant l’accent sur les femmes et l’asthme débutant à un âge avancé.
Conclusion
Cette étude épidémiologique replace la rémission au cœur des préoccupations : elle existe, mais elle dépend de l’histoire naturelle (âge de début) et de cibles très concrètes (tabac, poids, rhinite). Elle devrait être intégrée dans nos consultations comme un objectif motivant, sans promettre une « guérison » tant qu’on n’aura pas d’arguments fonctionnels et biologiques.
Envie de réagir?