Sept mois pour une cacahuète : ça vaut le coup !

mercredi 8 septembre 2010 par Dr Céline Palussière1099 visites

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Sept mois pour une cacahuète : ça vaut le coup !

Sept mois pour une cacahuète : ça vaut le coup !

mercredi 8 septembre 2010, par Dr Céline Palussière

Immunothérapie orale pour l’arachide chez des enfants ayant présenté une anaphylaxie à l’arachide. : # Katharina Blumchen, MD, Helen Ulbricht, Ute Staden, MD, Kerstin Dobberstein , John Beschorner , Lucila Camargo Lopes de Oliveira, MD, Wayne G. Shreffler, MD, PhD, Hugh A. Sampson, MD , Bodo Niggemann, MD, Ulrich Wahn, MD , Kirsten Beyer, MD

Department of Pediatric Pneumology and Immunology, University Hospital Charité, Berlin, Germany

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology
Volume 126, Issue 1 , Pages 83-91.e1, July 2010

 Contexte :
* La seule option thérapeutique pour l’allergie à l’arachide est actuellement une éviction stricte.

 Objectifs :

  • Étudier l’efficacité et la sécurité d’une immunothérapie par voie orale (OIT) dans l’allergie à l’arachide.

 Méthodes :

  • Vingt-trois enfants (âgés de 3,2 à 14,3 ans), ayant une allergie IgE médiée à l’arachide confirmée par un test de provocation orale contre placébo en double aveugle (DBPCFC), ont reçu une OIT selon un protocole rush avec des arachides grillées pendant 7 jours.
  • Si la dose protectrice de 0,5g minimum n’était pas atteinte, les patients poursuivaient avec un protocole de progression de doses permettant une augmentation bihebdomadaire jusqu’à au moins 0,5g d’arachide.
  • Une phase de maintenance de 8 semaines était suivie de 2 semaines d’éviction de l’arachide, et d’un DBPCFC final.
  • Les paramètres immunologiques étaient déterminés.

 Résultats :

  • Après une OIT selon le protocole rush, les patients n’ont toléré qu’une dose moyenne de 0,15g d’arachide.
    • 22 des 23 patients ont poursuivi avec le protocole sur le long terme.
    • Après une moyenne de 7 mois, 14 patients ont atteint la dose protectrice.
  • Au DBPCFC final, les patients ont toléré une dose moyenne de 1g d’arachide (0,25 – 4 g) à comparer avec les 0,19 g d’arachide au premier DBPCFC avant l’immunothérapie (0,02 – 1 g).
  • Dans 2,6 % des 6137 doses quotidiennes administrées, des effets secondaires légers à modérés ont été observés ; des symptômes d’obstruction bronchique étaient détectés dans 1,3 %.
  • L’OIT a été interrompue chez 4 patients sur 22 en raison d’effets secondaires.
  • Il existait une augmentation significative des taux sériques d’IgG4 et une diminution de production spécifique de l’arachide d’IL5, IL4 et IL2 par les PBMC après OIT.

 Conclusions :

  • Un protocole d’immunothérapie sur le long terme apparaît comme sûr et bénéfique à certains patients souffrant d’allergie à l’arachide.
  • Avec une augmentation des seuils de réactivité et une diminution de la production de cytokines TH2 spécifiques de l’arachide, l’induction de tolérance semble réalisable chez certains patients.

Les choses changent en matière d’allergologie alimentaire, et de nombreuses études tendent à montrer que dans certains cas, l’éviction ne sera plus la seule solution thérapeutique.

Cette étude intéressante et bien menée évalue ainsi les conséquences de protocoles d’induction de tolérance à l’arachide.

L’étude porte sur 23 enfants ayant eu des réactions cliniques lors de la consommation d’arachide : malheureusement le type de symptômes n’est pas détaillé dans l’article, malgré le titre qui laissait entendre qu’il s’agissait d’anaphylaxie…

Ces patients avaient tous des IgE vis-à-vis de l’arachide positives. Pas de diagnostic moléculaire : on ne connait pas leur profil de réactivité (protéines de stockage, profiline, PR 10 ?), qui influence vraisemblablement le type de réaction clinique.

L’intérêt de l’étude repose sur la réalisation de tests de provocation avant et après le protocole l’induction de tolérance, ce qui permet d’objectiver l’allergie et de déterminer la dose réactogène.

Le protocole rush s’étalait sur 7 jours, et visait à atteindre la dose de 0.5g d’arachide. Aucun des enfants étudiés n’y est arrivé.

Première réponse donc : en matière d’allergie alimentaire à l’arachide, il faut savoir prendre son temps !

Les patients ont donc poursuivi avec un protocole de montée de doses à domicile beaucoup plus progressif : +20% deux fois par semaine. Parmi eux, 14 enfants sont arrivés à consommer la dose cible, en un délai moyen de 7 mois.

Sept enfants ont interrompu le protocole lent en raison d’effets secondaires ou d’une mauvaise observance. Un enfant a pu consommer la dose de 0.2 g.

Les dosages d’interleukines sont certes intéressants, mais peu utilisables en pratique… et de toute façon, la clinique en dit long sur la tolérance.

Dans cette étude, 60% des enfants ayant commencé l’étude ont ainsi pu consommer l’équivalent d’une petite cacahuète au terme du protocole d’induction de tolérance. Cette dose réactogène élevée les met à l’abri des ingestions accidentelles d’arachide dans des préparations.

On voit bien ici que l’objectif du protocole n’était pas la consommation de doses normales d’arachide, mais plutôt une « mise en sécurité » de l’enfant vis-à-vis des ingestions non prévues.

Il est intéressant de noter que le test de provocation final a été réalisé après 2 semaines d’éviction, alors qu’il est habituellement conseillé de ne pas interrompre la consommation régulière du produit allergisant.

Un suivi à long terme est bien sûr attendu : combien de temps cette protection dure t’elle ? Une consommation épisodique peut-elle être envisagée ?

Cette nouvelle approche de l’allergie alimentaire se construit donc, grâce à des études comme celle-ci, qui évalue l’efficacité et le risque des protocoles d’induction de tolérance.

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