Une désensibilisation sublinguale

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Une désensibilisation sublinguale

Une désensibilisation sublinguale

lundi 1er octobre 2012, par Dr Céline Palussière

Absence d’IgE néo-sensibilisation chez les patients allergiques aux acariens domestiques traités par immunothérapie sublinguale. : V. Baron-Bodo, T. Batard, H. Nguyen, M. Fréreux, S. Horiot, C. Harwanegg, K. C. Bergmann, O. de Beaumont and P. Moingeon,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2012 (42) 1510

 Contexte :

  • L’induction de néo-sensibilisation IgE par l’immunothérapie spécifique par voie sublinguale (ITSL) reste à évaluer sur de vastes cohortes de patients.

 Objectifs :

  • Le but de cette étude était d’évaluer la cinétique des réponses des anticorps induits chez des patients souffrant de rhinite allergique, traités pendant 12 mois avec des comprimés sublinguaux d’extraits allergéniques d’acariens domestiques.

 Méthodes :

  • Les réponses anticorps ont été analysées par rapport à une néo-sensibilisation et au bénéfice clinique, à partir des séra de 509 patients européens allergiques aux acariens domestiques, avant et après une année de traitement quotidien par immunothérapie sublinguale, par comprimés contenant des extraits allergéniques de Dermatophagoides pteronyssinus plus D farinae, versus placebo.
  • Les patients ont été suivis pendant une année supplémentaire après l’arrêt du traitement.
  • Les anticorps IgE et IgG4 spécifiques pour l’extrait d’acariens, ou pour les extraits purifiés d’allergènes du groupe 1, 2 et 10, ont été mesurés grâce aux systèmes Immulite, ImmunoCap et ISAC.

 Résultats :

  • Après une année d’ITSL, les taux d’IgE et d’IgG4 spécifiques des acariens ont été respectivement multipliés par 1,5 et par 4, dans le groupe traité mais non dans le groupe placébo.
  • Une forte induction des IgG4 a été observée dans le sous-groupe (i.e 10-15%) des patients « immunoréactifs », sans corrélation avec l’amélioration de la moyenne des scores symptomatiques ajustés.
  • Les taux pré-existants d’IgE vis à vis des extraits purifiés d’acariens n’étaient pas modifiés durant l’immunothérapie, et aucune réponse IgE de novo vis à vis des allergènes du groupe 1, 2 et 10 n’a été induite chez les patients qui n’y étaient pas sensibilisés avant l’immunothérapie.
  • De même, aucune néo-sensibilisation au germe de blé ou à la levure utilisés dans les milieux de culture d’acariens n’a été observée.

 Conclusion et pertinence clinique :

  • Nous prouvons, à partir d’une cohorte de 509 patients suivi sur une période de deux ans, que l’ITSL n’induit pas d’IgE néo-sensibilisation aux allergènes contenus dans le vaccin, comme les allergènes des groupes 1, 2 ainsi que ceux du groupe10 qui peut être responsable de réactivités croisées avec les aliments.
  • Cette observation corrobore encore la plus grande sécurité de l’ITSL par rapport à la voie SC

Convaincus de l’efficacité et de la sécurité d’emploi de l’immunothérapie spécifique vis à vis des acariens par voie sublinguale, nous proposons quotidiennement ce type de traitements à nos patients souffrant de rhinite allergique.

Mais en connaissons nous vraiment l’impact sur leur profil de sensibilisation ? Ne peut-on pas induire de nouvelle sensibilisation ? Quelles en sont les conséquences en clinique ?

Il s’agit ici d’une étude de cohorte menée sur plus de 500 patients, pendant un an d’immunothérapie spécifique sublinguale pour les acariens, et un an après son arrêt.
Déjà, ce protocole d’étude ne colle pas aux recommandations cliniques, qui préconisent un traitement de 3 à 5 ans. Les résultats obtenus sont donc tout de suite suspects de ne pas refléter exactement ce qui se passe en pratique.

Les auteurs ont mesuré les taux d’IgE et d’IgG4 spécifiques pour l’extrait total de Dpter et Dfar, et pour les allergènes unitaires des groupes 1, 2 et 10.

Globalement ces taux augmentaient nettement après le traitement. Ils ont même isolé un sous-groupe « immunoréactif » chez qui l’augmentation était encore plus importante. Il n’y avait pas de corrélation entre les taux d’anticorps et les scores d’amélioration clinique.

Ils n’ont par ailleurs pas observé d’apparition d’IgE pour un allergène unitaire auquel le patient n’aurait initialement pas été sensibilisé. D’où la conclusion qu’il n’y a pas de néo-sensibilisation en rapport avec une immunothérapie spécifique sublinguale.

Ceci répond donc de façon rassurante à des cas rapportés de néo-sensibilisation induite par l’immunothérapie sous-cutanée pour les tropomyosines, qui avaient été responsables de réactions cliniques sévères lors de la consommation de mollusques, alors qu’ils étaient consommés sans problème avant.

La voie sublinguale ne montre donc pas cet effet adverse sur cette cohorte de 500 sujets.

Autre bonne nouvelle, à laquelle il fallait penser : nous ne les sensibilisons pas non plus au blé ou à la levure utilisés dans les cultures d’acariens. Ouf, il ne manquerait plus que ça !

On peut toutefois regretter que le seul axe d’étude de l’immunothérapie spécifique concerne l’immunité humorale, alors que l’on sait désormais que son action porte principalement sur l’immunité à médiation cellulaire. Plus complexe, plus difficile à analyser, et donc largement éludée dans les études...

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